Avec le référendum sur la constitution européenne voici venu des sondages réguliers de l'opinion sur le sujet.
Comme à chaque fois je suis étonné :
- par la confusion qui règne sur ce sujet,
- par les risques de manipulations volontaires ou involontaires induites par ces sondages (les dernières élections présidentielles devraient servir de leçon me semble-t-il : l'opinion, trompée par les sondages, était globalement persuadée que Jospin serait présent au second tour)
- par le manque de pédagogie faite dans les médias sur ce qu'est un sondage et sur ce que l'on peut en attendre sur le plan scientifique ,
- par les abus de langage du type "31% des français pense que ...", non "31% des personnes sondées le 4 février dernier par la méthode des quotas ont dit que…"
- par le manque de règles concernant la rigueur de ce qui est publié en matière de sondage : il devrait être obligatoire d'indiquer les marges d'erreur dues à la fois aux indécis et au procédé de sondage lui-même et pourquoi pas une mention obligatoire du type "Attention : les sondages mal interprétés nuisent gravement à la démocratie".
Par exemple, Ifop-Le Journal du Dimanche a réalisé les 3 et 4 février dernier un sondage sur la question suivante : en pensant au prochain référendum de ratification du projet de Constitution Européenne, vous estimez… ?
- Que vous voterez plutôt pour le OUI : 25
- Que vous voterez plutôt pour le NON : 20
- Que c'est trop tôt, vous ne savez pas encore : 46
- Qu'il est très possible que vous vous absteniez : 9
D'un tel sondage il ne ressort qu'une seule chose : celui-ci laisse à penser que vraisemblablement plus de la moitié des français n'ont pas arrêté de décision.
Il est donc particulièrement surprenant de voir que leurs confrères n'hésitent pas à donner des chiffres au pourcent près pour le OUI et le NON, repris par la presse et commentés à la télévision :
- BVA-L'Express (sondage réalisé du 7 au 9 février 2005): OUI (58 %), NON (42%)
- Louis Harris-AOL-itélé-Libération (sondage réalisé les 4 et 5 février 2005) : OUI (61 %), NON (39%)
- CSA-France Europe Express - France Info (sondage réalisé les 3 et 4 février 2005): OUI (60 %), NON (40%)
Les sondages envahissent inutilement le débat politique : le sujet principal est de savoir pourquoi je vais voter OUI ou NON, pas de savoir si je dois rester au lit le jour du vote parce que de toute façons les jeux sont faits. OUI, l'usage actuel des sondages politiques est dangereux pour la démocratie !
Par ailleurs, sur le plan scientifique, nos sondeurs feraient bien de véhiculer une vision moins probabiliste : un vote n'est pas un tirage du loto. D'autres outils théoriques me semblent mieux adaptés comme la logique floue ("fuzzy logic") de Lotfi Zadeh (voir ses livres) ou les représentations logico-mathématiques de l'incertain et les théories des possibilités développées en particulier par Didier Dubois et Henri Prade à l'IRIT à Toulouse (voir leurs livres).
Les livres sur la constitution européenne : voir ici.
on voit le manque d objectivite du redacteur-IL EST IMPOSSIBLE QUE CE SOIT NON d apres lui-donc tous les motifs sont bons pour expliquer qu il ne faut pas publier des sondages disant NON !---voila de l intox comme on en a vecu avant le 21 avril:Jospin ne pouvait pas perdre..........on connait le resultat !!!!
attention les diseurs de bonne aventure meme s'il y a bcp d indecis il y en a dans les deux camps !!!
Rédigé par: mortera | mars 20, 2005 à 04:18 PM
Je pense que vous m'avez très mal lu !!
Je n'écris nulle part qu'il est impossible que ce soit NON. Je n'exprime d'ailleurs nulle part si je suis pour le OUI ou pour le NON. Ma réflexion sur les sondages est d'ordre plus général. Je m'en prends d'une façon générale aux sondages et aux commentaires sur les évolutions de ceux-ci pour des raisons d'ordre purement scientifique : la seule information que l'on devrait tirer des sondages faits depuis plusieurs mois sur le sujet est que NON comme le OUI sont possibles ; en effet, les chiffres d'un sondage sont entachés :
. d'une part d'imprécision (interroger quelques centaines d'individus supposés représentatifs (et en l'occurence de quoi, compte tenu du fait que la question divise les parties politiques ?) ne permet pas d'extrapoler au pourcent près le comportement de plusieurs millions de français.
. d'autre part d'incertitude (la moitié des français n'ont pas pris de décision dont celle d'aller voter).
Quand on est dans une telle situation les commentaires sur l'évolution dans un sens comme dans un autre sont sans grande signification.
Si je tiens à dénoncer les sondages et surtout la valeur qui leur est donnée par les médias, c'est justement parce que je pense que ce sont eux qui sont à l'origine de l'éviction de Jospin du second tour des présidentielles : je pense en effet que ce jour-là ils ont joué contre la démocratie et que le second tour n'était pas représentatif de l'opinion mais que de nombreux électeurs de gauche en s'abstenant ou en faisant le choix de "votes sanction" pour Jospin au premier tour ont été manipulés (volontairement ou involontairement ?) par les sondages.
J'en tire comme conclusion qu'il est préférable pour la démocratie et la qualité du vote de s'intéresser à répondre à la question posée lorsque l'on vote ( Quel candidat souhaitez-vous comme président de la République ? Etes-vous favorable à la ratification de la constitution européenne ?) et de ne pas décider de s'abstenir en prenant les sondages pour argent comptant.
C'est mon unique message que j'ai argumenté sur le plan scientifique par l'absence de modélisation et de visualisation de l'imprécision et l'incertitude alors que des outils mathématiques existent pour le faire et que l'éthique devrait obliger les sondeurs et les médias à représenter l'imprécision et l'incertitude sur les résultats des sondages publiés dans les médias.
Rédigé par: Pierre Vesoul | mars 20, 2005 à 09:19 PM