Le projet Sachem est exemplaire d'une stratégie d’innovation par l’usage et ce d’autant qu’il concerne une technologie passant pour avoir été un flop retentissant.
Le projet Sachem fut en effet lancé par Sollac fin 1989, à une époque où l’IA commençait à passer de mode. Il s’agit pourtant d'une des plus importantes applications en IA dans le monde.
Il s’agit pourtant d'une des plus importantes applications en IA dans le monde.
Sachem (Système d'Aide à la Conduite des Hauts fourneaux En Marche) permet en effet de piloter des hauts-fourneaux en analysant en temps réel les données provenant d’un millier de capteurs (échantillonnage de 2 secondes à 5 minutes) et rassemble aujourd’hui l'expertise des meilleurs hauts-fournistes du groupe Arcelor.
Dunkerque, Fos, Florange furent les premiers sites équipés. Sachem est depuis pleinement opérationnel sur une dizaine de sites en France et à l’étranger et a débouché sur une forte démarche de mutualisation des meilleures pratiques des spécialistes des hauts-fourneaux au sein de Sollac.
Ce premier usage de l’intelligence artificielle a débouché également avec succès sur d’autres usages pour d’autres process : galvanisation, laminage, fabrication du verre, etc. L’investissement initial pour développer ce système expert fut de l’ordre de 15 millions d’euros.
Sa mise en place depuis 1996 permet de gagner 1,70 euro par tonne d'acier produite, pour une production annuelle d’environ 11 millions de tonnes.
Ces gains sont dûs principalement à quatre facteurs :
- la réduction des incidents,
- l’augmentation de la qualité du métal produit,
- la disponibilité des équipements,
- la meilleure protection des équipements qui sont moins sollicités.
Des gains similaires ont été obtenus sur les autres process. Arcelor estime par exemple qu’il y a un rapport 7 entre la valeur ajoutée à 5 ans de l’euro investit dans Apache (VA = 5,30 €), l’application sœur de Sachem dédiée à la supervision de laminoir, et l’euro investit dans un nouveau laminoir (VA = 0,75 €).
Le groupe Arcelor a confié aujourd’hui la commercialisation de Sachem et des technologies connexes à la société luxembourgeoise Paul Wurth, spécialisée dans les technologies de l’industrie métallurgique.
Si Sachem peut être considéré comme l’une des meilleures success story technologique européenne des années quatre-vingt-dix c’est sans doute parce qu’il adressait un sujet stratégique pour Sollac et que cette entreprise a su :
- prendre des risques technologiques avec lucidité en s’associant les meilleurs spécialistes français ;
- impliquer ses experts métier et ses utilisateurs ;
- utiliser un cadre méthodologique adapté et rigoureux.
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